
LIBIN (Belgique) - Condamnée par la maladie, Annie se
bat pour un statut de handicapée qu'on lui refuse. Pour elle, c'est
comme si on niait sa souffrance.
« Je sais que la durée de vie est de six ans, dont deux sont
déjà passés. Donc, pour nous, on sait comment ça
finira...»
Annie Thérer a écrit cette phrase d'une main hésitante au revers
d'une enveloppe qu'elle nous tend en tremblant. À 71 ans, Annie est
atteinte de la SLA. La sclérose latérale amyotrophique, ou maladie
de Charcot, qui lui ronge inexorablement la moelle épinière.
Depuis deux ans, lorsque ce mal incurable a été diagnostiqué,
elle a déjà totalement perdu l'usage du bras et de la main gauche,
ne se déplace plus qu'à l'aide d'un déambulateur, ne peut plus
parler, déglutit difficilement et sent que sa respiration est plus
pénible de jour en jour...
« On a déjà fait les papiers pour dire qu'on ne veut
pas d'acharnement thérapeutique... », dit, la voix
éteinte, son mari, Henri Lambin.
Dans leur maison de Libin en province de Luxembourg, depuis le
diagnostic posé par un neurologue un sale jour d'octobre 2009, la
maladie prend toute la place. Traînant dans son sillage la
résignation.
Malgré tout, l'énergie qu'il lui reste le couple de
septuagénaires veut la mobiliser pour faire entendre son coup de
gueule. Pour leur cas personnel, mais aussi « pour que les
autres qui seront dans cette situation sachent ! »,
disent-ils.
Savoir quoi ? Que malgré cette pathologie lourde qui lui a déjà
enlevé l'usage d'une partie de son corps et qui la clouera sans
coup férir dans un fauteuil roulant, puis dans un lit, Annie ne
peut être admise au statut de personne handicapée.
La demande que le couple dit avoir introduite à l'Awiph (agence
wallonne pour l'intégration de la personne handicapée) a en effet
reçu une réponse négative (NDLR : c'est en réalité le SPF
sécurité sociale qui octroie ce statut - voir ci-dessous). Une
injustice, jugent Annie et Henri. La loi, leur répondent les
instances officielles vers lesquelles ils se sont tournés...
Trop vieille pour être handicapée ?
C'est que la maladie d'Annie est apparue alors qu'elle avait 69
ans et n'a été formellement identifiée qu'un an plus tard. La barre
fatidique des 65 ans requise pour introduire une demande (voir
ci-dessous) était dépassée. Au regard de la loi, elle ne peut plus
être handicapée. Elle est simplement trop vieille...
« C'est vrai que cette règle des 65 ans est
illogique, intervient l'infirmière qui procure quotidiennement
des soins à Annie.Car son handicap n'est en rien dû à la
vieillesse, mais bien à la maladie.»
Cette histoire de limite d'âge, « ça l'a
révoltée », confie Henri. Révolté, il l'est aussi. Au
point parfois, en bon Ardennais, de se buter un peu.
Comme lorsqu'il refuse de se rendre dans un centre conventionné
par l'Inami pour y faire constater la pathologie de son épouse.
Cela permettrait pourtant à Annie de se faire rembourser les
séances de logopédie qui lui faisaient un peu de bien, mais qu'elle
a dû arrêter car elles coûtaient trop cher au tarif plein.
« Mais pourquoi devrait-on aller à Fraiture-en-Condroz ou
à Ottignies(NDLR : les deux centres conventionnés en
Wallonie), alors que le neurologue qui la suit à
Marche-en-Famenne a diagnostiqué la maladie ? Un neurologue, c'est
un neurologue ! », s'énerve Henri.
Fraiture est certes plus loin que Marche, et Annie a de plus en
plus de mal à se déplacer. Mais ce ne serait qu'une seule fois. Et
Henri n'ignore pas qu'elle peut bénéficier d'un taxi social, sans
compter que la famille est aussi présente pour aider. Mais Henri et
Annie ne semblent pas vouloir l'entendre, comme s'ils en faisaient
une question de fierté. Car au fond, on sent bien que c'est surtout
de cela dont il s'agit. Car ce statut de personne handicapée qu'ils
réclament, c'est une reconnaissance de leur souffrance quotidienne
qu'ils y cherchent. Bien plus que les avantages matériels.
Il suffit d'ailleurs de s'appesantir un peu trop sur
les avantages financiers auxquels ils n'ont pas
droit et Annie s'empare de son morceau d'enveloppe :
« Ce n'est pas pour l'argent, griffonne-t-elle à la
hâte de sa main encore valide.C'est pour la justice !»
Source :
http://www.lavenir.net/Article/Detail.aspx?articleID=DMF20111020_00062029
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